Article paru dans Galerie des Arts, N° 79 en novembre 1969, sous la plume de A. Parinaud.
Interview de Charles Lapicque parlant de ses polygraphies.      

MES POLYGRAPHIES

En ce qui concerne les rapports du peintre et du public, tirer en plusieurs exemplaires présente des avantages trop souvent démontrés pour qu'il soit besion d'y revenir.Peut-être a-t-on moins insisté sur le réconfort intime qui peut en résulter pour l'artiste, qui fonde sans cesse de nouvelles créations sur le répertoire de formes existant dans son atelier.

Celui qui dessine beaucoup se trouve en présence d'une masse de travaux où resplendissent quelques figures précieuses dont son honneur exige évidemment qu'il se démunisse lorsqu'il veut servir ses amateurs. Par une multiplication de ces oeuvres uniques les plus attachantes, non seulement il satisfait un public plus nombreux, mais il garde l'empreinte sensible de ses inspirations, faisant ainsi mentir le célèbre principe juridique "donner et retenir ne vaut".

Tel est le mobile essentiel qui a provoqué l'éclosion des "polygraphies" actuellement exposées au "Centre Culturel de Galerie des Arts". Elles se distinguent assez franchement des reproductions présentées jusqu'ici. Le subjectile employé donne au couleurs une vivacité et une profondeur difficillement surpassables. Le procédé physique d'impression de la forme, d'une grande souplesse, permet des variations d'échelle d'un exemplaire à l'autre. Enfin, une part considérable est laissée à la main de l'artiste, si bien que la composition colorée peut également être modifiée pour chacune des pièces qu'il traite. Le travail important qu'il doit fournir entraîne bien entendu un tirage très restreint.

J'espère ne pas être indiscret en révélant que cette entreprise de polygraphies, après de nombreuses difficultés de mise au point, est devenue pour moi une source féconde de joie, d'enseignements et même de surprises enrichissantes.

Charles Lapicque - 1969