Le dialogue qui s'instaure entre l'artiste et l'atelier à propos de la réalisation d'une lithographie est illustré dans l'histoire de la litho 205.

Commençons par étudier le bon à tirer proposé à l'artiste et ses annotations.

Le dialogue qui s'instaure entre l'artiste et l'atelier à propos de la réalisation d'une lithographie est illustré dans l'histoire de la litho 205.

Commençons par étudier le bon à tirer proposé à l'artiste et ses annotations.

Les principales remarques de Lapicque sont les suivantes :
- Mon jaune de Naples plus clair (moins rosé)
- Éclaircir aussi les contours des cailloux
- Lumière assez nettement masquée
- Ce ton pourrait-il être plus pourpre et moins marron ?
- Toutes les oranges une bonne nuance plus orangé.

En résumé, Charles Lapicque souhaitait une lithographie plus saturée, dans laquelle les fruits sont de vraies oranges, où son arrière plan de cailllasses de la campagne grecque devait tirer sur un jaune plus franc et où la tâche rouge du premier plan devait virer à un pourpre plus en harmonie avec la gamme générale de couleurs.

Instructions pas très facile à appliquer...surtout pour le jaune de Naples, sachant qu'il n'y a pas de passe jaune dans cette litho. Alors, ajouter un masque et une passe de couleur ?

Mais notez la confiance de l'artiste qui appose tout de même son "bon à tirer" malgrés ces importantes modifications demandées.

Voyons comment ces remarques ont été prises en compte dans la lithographie finale.     

Regardons d'abord les oranges, c'est le plus facile.

L'atelier a bien forcé sur le orange des ... oranges mais cela n'a pas été sans conséquences !!

Comme vous pouvez le voir, le sol du premier plan est devenu aussi beaucoup plus saturé.
Pourquoi ?

C'est dû à la technique même de la lithographie qui autorise un seul passage de orange. Donc tous les tons orangés de la lithographie en ressortent saturés.

Traitement des demandes du haut de la lithographie :

On voit clairement que le fait d'avoir renforcé le orange, a fait naturellement remonter la lumière préalablement masquée (2).

Par contre, le souhait de l'artiste concernant son "jaune de Naples" n'a visiblement pas été suivi. Pour une raison fort simple : La lithographie n'a pas de passe de jaune. La litho utilise une passe orangée avec des camaïeu d'orange allant du plus saturé au plus pâle (1).

Enfin, traitement de la demande concernant le pavé pourpre.

La demande du peintre consistant à accenter le pourpre du pavé rouge carmin (1) a été traitée par l'imprimeur en saturant de rouge et de bleu la passe carmin. Il en ressort immédiatement une saturation de la plage adjacente (2) qui est réalisée dans la même passe, par application de la même couleur, moins concentrée (ce rose qui devient presque vermillon). Cette zone, auparavant subtilement dégradée, devient un aplat assez violent. Je ne suis pas sûr qu'on y ait gagné.

Enfin, comment expliquer que la plage mauve inférieure (3) ait été tant éclaircie pour devenir un rose bonbon ? On retrouve d'ailleurs cet éclaircissement général des roses au niveau des reliefs des montagnes de l'arrière plan. ça, Lapicque ne l'avait pas demandé, me semble-t-il...

Résultat final :

A vous de juger le résultat final. Tous les tons orangés sont nettement réhaussés mais le traitement réservé aux tons pourpres (et par conséquent aux roses) ne m'a pas convaincu.

Il aurait fallu, pour réellement suivre les désirs de l'artiste, disposer d'une passe supplémentaire à base de jaune. Mais cela aurait eu pour conséquence de refaire les pierres, ce qui est bien sûr impossible à ce stade.
La lithographie possède déjà 7 voire 8 passes colorées.

Conclusion : L'imprimeur est-il parti sur de mauvaises bases ?

Comment savoir ? il faudrait disposer de la toile donnée à l'atelier. Dès que nous l'aurons retrouvée, nous complèterons cette analyse.

Il reste une lithographie très jolie, riche en couleurs mais sans doute assez éloignée de ce que voulait l'artiste au départ...