Charles Lapicque était Centralien (promo 21a); cela ne vous a pas échappé. Mais cette année, Patrick Callet, un professeur enseignant la colorimétrie et la synthèse d'images dans la prestigieuse école a fourni à deux étudiants, comme sujet d'Etude en autonomie, au printemps 2007, un thème plutôt original et au combien touchant.

Le sujet en est la lithographie N° 92 (Ruines sur le Palatin). Cette lithographie est exposée en permanence dans l'entrée de l'Ecole Centrale.


Il s'agissait de comparer une image de référence de cette lithographie (une bonne photo numérique) dont les différentes taches de couleur (ou zones de pertinence chromatique) sont exprimées en RGB*, avec une image recomposée à partir des couleurs déduites par une analyse par spectrophotométrie. La spectrophotométrie consiste à mesurer le taux de réflexion d'une zone colorée grâce à une fibre optique. Comme chaque encre employée possède ses propres spectre et facteur de réflectance (connus et documentés) - la caractérisation de la couche encrée par le facteur de réflectance est en somme la lecture de la signature spectrale des matériaux - il est ainsi théoriquement possible de retrouver les couleurs exactes, qu'on pourra comparer aux références acquises par les capteurs CCD de l'appareil photo numérique, dont on sait qu'ils ont maintenant acquis une fidélité assez bonne.
Connaissant les encres séparément on peut alors comparer les facteurs de réflectance mesurés sur l'oeuvre à ceux des encres connues à l'epoque de sa réalisation. L'intérêt principal de la méthode est qu'elle s'effectue sans contact avec l'oeuvre et que la lumière utilisée pour la mesure  n'est que de la lumière blanche, inoffensive.
La question sous-jacente était la suivante (je cite Patrick Callet):
"Connaissant la nature des pigments ou encres employés dans l'oeuvre, on peut retrouver la couleur "neuve" de cette oeuvre et utiliser une photographie, non pas pour ses couleurs actuelles mais pour servir d'atlas de matériaux colorants. Il suffit alors que cette image soit prise dans de bonnes conditions afin que tous les détails actuels soient utilisables pour remonter le temps".

Les étudiants partaient de l'article de Michel Pauty, Professeur honoraire de la Faculté de Bourgogne de Dijon, à l'occasion du symposium International L'Ingénieur et l'Art 5,6,7,juin 1991. Voir le texte ici. Ce texte réalise la synthèse des travaux scientifiques de Charles lapicque et leur impact sur sa peinture.

Le but poursuivi était ambitieux. le rapport des deux étudiants est fourni. Il contient une première partie fort intéressante, même si assez austère, sur la vision des couleurs par l'oeil. La seconde partie du document fait état de la manip. qui, malheureusement, n'a pas permis d'obtenir un résultat très concluant dans les temps impartis. Sans doute, outre le temps, a-t-il manqué à nos sympathiques étudiants quelques contacts avec un imprimeur lithographe, qui aurait pu les guider sur les différentes passes d'encrage de la lithographie et par là, déterminer plus sûrement les zones "témoin" à examiner. Sans doute aussi le choix d'une lithographie plus simple eut été préférable mais cette litho magnifique est celle qui est exposée à Centrale, et pas une autre...
Ces précautions d'usage sur le rapport étant posées, en voici le texte :

Le texte de l'étude (publié avec l'autorisation de M. Patrick Callet).

*RGB (Red Blue Green ou RVB en français : Mode de description des couleurs comme mélange de trois composantes de bases, le rouge, le vert et le bleu.)

Site de l'Ecole Centrale Paris

Site des anciens centraliens