Né en 1898 à Theizé (Rhône) dans une famille qui pratique les sciences et les arts, Charles Lapicque, dans la tradition classique humaniste, ne cessera, sa vie durant, de multiplier les expériences.
À la fois artiste et scientifique, il poursuit pendant longtemps ces deux vocations parallèlement. Diplômé en 1921 de l'École Centrale, il exerce le métier d'ingénieur jusqu'en 1928. Contraint d'accepter en 1931 un poste de préparateur à la faculté des sciences de Paris, il profite des ressources de son laboratoire pour effectuer des recherches sur la perception des couleurs et, les mettant en application dans sa peinture, n'hésite pas à remettre complètement en cause les conventions picturales issues de la Renaissance. Le "système de la grille" qu'il élabore en 1939, dérivé de l'espace cubiste, du fauvisme et de l'art médiéval, est le point d'aboutissement de ses découvertes optiques, elles-mêmes sous-tendues par une approche philosophique. Ce nouveau style aura une grande influence sur les peintres de l'exposition "Vingt jeunes peintres de tradition française", à laquelle Lapicque participe en 1941, à la galerie Braun.

En 1943, il abandonne définitivement sa carrière scientifique pour se consacrer entièrement à son oeuvre picturale. À contre-courant des tendances dominantes de son époque, il affirme dans les années cinquante son attachement à la figuration, tout en effectuant presque malgré lui, quelques incursions dans l'abstraction.
Il passe en revue petits et grands genres, gardant toute sa vie une prédilection pour le thème de la mer, pour les couleurs somptueuses et les compositions dynamiques, toujours en quête de l'équilibre et de la félicité qu'il attend de la peinture.

" Si les moyens dont use le peintre sont abstraits, et avec une précision que l'on peut donner en exemple, le fait de l'artiste n'est pas de se complaire en ses moyens... mais d'en exprimer ce grand mythe de la mer qui est l'une des bases aussi de son aventure picturale. A voir courir ces fulgurantes arabesques de tons purs, à voir se nouer, se dénouer et rouler comme des vagues ce dessin si fort et si elliptique, on se dit que la peinture moderne a rencontré ici, avec un bonheur très exceptionnel, quelque chose de sa plus grande justification : ce grand rendez-vous avec la réalité... Cette " liberté de manœuvre ".

Charles ESTIENNE, dans l'Observateur 13.11.1952
Exposition Galerie La Hune (La Mer)

Charles Lapicque nous a quittés en 1988, à 90 ans .